Katarina Kudelova

Fort Liedot 2010

« Contre-attaques »

Céramiques 2010

 

« Rien ne va plus » 2010

Traces de brûlures.

 

Photographies Camille Masson

Performance Photographie Julien Beinat

 
 
 
 
 
Katarina Kudelova
entretien avec l’artiste, le 17 avril 2010


Le souhait d’un événementiel : le fort appelle l’explosif tant dans la performance qu’en termes de matériaux. Un lieu impressionnant pour l’artiste, associé à la guerre, qui peut-être perçu comme agressif.

Dessiner, dans une des salles tout en longueur, sur 17 mètres, une sorte de fresque avec de la mèche recouverte de poudre noire à canon. Une scène sans gibier pour un « dessin velouté ». L’artiste avoue avoir du mal avec la création in situ ; ce n’est pas la question du lieu qui prime mais la difficulté à restituer une image à partir du langage.

Un travail méticuleux qui inscrit dans le temps la nécessité de la fabrication. Parfois, broder de longues heures avant que le dessin ne soit consumé. Le geste, d’autant plus important. Ici, la finalité est de transférer ce processus sur le mur.

Un événement lors du vernissage pour une forme fixe le temps de l’exposition – la fresque apposée sur la pierre « rejoignant les graffitis d’époque ». Trois phases pour une œuvre – avant, pendant, après. Tableaux, performances, vidéos. En conclusion, il faudra gratter ce qui aura été.

Face à la frise de chasseurs, une diagonale d’oiseaux, canards, lapins et renards kamikazes. Une ceinture en bâtons de dynamite enserre la céramique provoquant la balle qui pourrait tout enflammer. Mais ce sont les chasseurs et leurs chiens dessinés à la mèche qui ont pris feu lors de l’inauguration. Vision troublée d’un profil qui ne parviendra jamais à pointer le gibier. Tension entre dessin mural et sculpture, écart dans lequel peut se mouvoir le regardeur. Gibier, métaphore du spectateur ? Faire face ou ne pas. Un chasseur est allongé. Il a deux trous sur le côté.

Dans le travail de Katarina Kudelova, l’animal et l’humain s’entremêlent – même parole existentielle. Mêmes fables et contes. Entre personnel et impersonnel, faire cheminer ce qui rassemble les dissemblables. Surgit la question des préjugés – ce qui est fragile ou ne l’est pas. Se méfier de la facilité du beau – sublimer encore et en corps.

Si la question de l’île n’est a priori pas essentielle, c’est différemment que l’œuvre existerait ailleurs ; c’est bien d’un choix dont il s’agit ici. Une traversée entre la vie et la mort, « avide de liberté ».

Entre esthétique et danger. Tout doit disparaître. Tout sera transformé. Suggérer le réel aléatoire. Rejeter la fatalité, catalyser le danger, y compris symbolique, face au vide dans lequel s’engouffre tout inconnu.

Une pratique poétique de mise en récit épique.

 

Blandine Devers